Lieux liés aux événements de 1989 à Prague

Lieux liés aux événements de 1989 à Prague

Il y a 31 ans, le régime communiste tombait en Tchécoslovaquie. Par quels endroits l’Histoire est-elle passée ?

En novembre, trente et un ans se seront écoulés depuis la marche pacifique des étudiants à travers Prague. L’intervention brutale de la police qui y a mis fin a déclenché une vague de protestations massives, entraînant un changement du système politique. Des manifestations ont commencé à réunir pas seulement quelques individus, mais la grande majorité de la population. La Tchécoslovaquie s’est libérée d’un régime totalitaire pour redevenir, après quarante et un ans, un État démocratique indépendant. Aujourd’hui, nous allons vous présenter les endroits de Prague liés aux événements de novembre 1989 qu’on appelle la « Révolution de velours ».

Albertov, l’endroit où tout a commencé

Un rassemblement étudiant pacifique convoqué à Albertov à l’occasion du 50e anniversaire de la fermeture des universités tchèques sous l’occupation nazie, pendant la Seconde Guerre mondiale, est devenu une manifestation appelant à un changement de système politique. De là, les étudiants se sont dirigés vers le centre de Prague, réclamant des élections libres et la fin du régime du parti unique. Albertov est un quartier étudiant et universitaire non loin de Vyšehrad qui abrite plusieurs facultés de plusieurs universités de Prague ainsi qu’un petit jardin botanique universitaire.

Národní třída, le lieu d’affrontement avec la police

Le boulevard Národní třída est situé en plein centre de Prague et se termine par le pont most Legií enjambant la Vltava. Vous trouverez ici le Théâtre national et le café Louvre, l’un des plus vieux cafés de Prague. Le 17 novembre 1989, ce boulevard est devenu le lieu de l’intervention brutale contre la manifestation étudiante pacifique qui y est arrivée depuis Albertov. Les arrestations massives et l’intervention des forces de police spéciales, d’une violence inadéquate, ont provoqué une vague de protestations massives à travers la population et fait pleinement surgir le mécontentement avec le système gouvernemental. Au milieu de Národní třída, sur le mur du palais Kaňka, vous pouvez voir un mémorial des événements du 17 novembre où des centaines de personnes ainsi que de hauts représentants de l’État déposent chaque année des fleurs et allument des bougies.

La place Venceslas, centre de toutes les manifestations

Tout Tchèque connaît la place Venceslas, appelée familièrement « Václavák ». Cette grande place, qui servait autrefois de marché aux chevaux, remplit aujourd’hui une fonction complètement différente. C’est un endroit riche de dimensions symboliques. Remplir la place Venceslas depuis le Musée national jusqu’à la station de métro Můstek est le rêve de tout organisateur de manifestation. Cette symbolique est nourrie de nombreux événements historiques. C’est sous la statue équestre de saint Venceslas, qui se trouve dans la partie supérieure de la place, que fut proclamée en octobre 1918 la république Tchécoslovaque indépendante. C’est ici qu’ont eu lieu, en 1939, des manifestations contre l’occupation nazie et celles contre l’invasion des troupes du pacte de Varsovie en août 1968. Un an plus tard, en signe de protestation contre l’occupation soviétique Jan Palach s’est immolé ici. Et, fin novembre 1989, des dizaines de milliers de personnes sont venues pour exprimer leur mécontentement avec le régime communiste et leur désir de liberté. En novembre et décembre 1989, Václav Havel, futur président de la République, et de nombreux autres personnages importants se sont adressés ici à la foule depuis le balcon du palais Melantrich.

Letná, quand les places ne suffisent plus

Cependant, la plus grande manifestation de novembre 1989 n’a pas eu lieu sur une des places de la capitale, car aucune d’elles n’est assez grande. La plus grande manifestation a eu lieu à Letná, une immense esplanade sur une colline de Prague, près du stade du club de football Sparta Prague, du Musée national de la technique (Národní technické muzeum) et du Musée de l’agriculture (Národní zemědělské muzeum). Lors du weekend pluvieux et glacial des 25 et 26 novembre 1989, plus d’1 million de personnes venues de toute la Tchécoslovaquie se sont rassemblées ici pour montrer que la demande d’élections libres n’était pas le fantasme de quelques étudiants pragois, mais l’opinion majoritaire de la société.

Château de Prague, résidence des présidents de la République

Le processus de transition du totalitarisme communiste vers une société démocratique n’aurait probablement pas été achevé si le dissident et écrivain Václav Havel n’était pas devenu président de la République à la fin de décembre 1989. Il appartenait à une famille pragoise autrefois fortunée et avait fait plusieurs séjours dans les prisons communistes. Figure de proue du mouvement, il fut élu à l’unanimité président de la République par les députés de l’époque. L’élection s’est déroulée dans la salle Vladislav gothique du château de Prague. Toutes les grèves, préavis de grève et manifestations géantes ont été révoquées à partir de ce moment. Après plus d’un mois de bouillonnement, la société a commencé à se calmer et à entamer la transition vers un système démocratique. Les premières élections libres ont eu lieu en juin 1990.

À titre de curiosité, notons que l’activation de la société a été encouragée par la canonisation de sainte Agnès de Bohême, une princesse tchèque de la dynastie des Přemyslides du XIIIe siècle qui a grandi au château de Prague. Elle a été canonisée par le pape Jean-Paul II quelques jours avant les premières manifestations, le 12 novembre 1989. Ceci a fortement encouragé toute la scène dissidente, indépendamment de la foi religieuse des individus, et a ouvert aux Tchèques les portes d’une Europe libre. Un célèbre service de culte pour la canonisation a ensuite eu lieu le 25 novembre 1989 dans la cathédrale Saint-Guy.